vendredi 1 août 2014

Etude du rapport sur la cybercriminalité « Protéger les INTERNAUTES »




Source de l’image : http://www.jeanmarcmorandini.com/actualite-cybercriminalite.html


Prévu pour le début de l’année 2014, le rapport "Protéger les INTERNAUTES" sous la direction du procureur général près la Cour d'appel de Riom, Marc Robert, a été rendu public le 30 juin 2014 [1]. 
Ce rapport s’inscrit dans le cadre du groupe de travail interministériel sur la lutte contre la cybercriminalité.

Le rapport s’articule autour de trois grandes parties :

  • une première partie relative au constat sur la réalité de la cybercriminalité ;
  • une deuxième relative à la proposition d’une stratégie sur la cybercriminalité ;
  • une troisième spécifique sur l’amélioration de la répression en matière de cybercriminalité.

Il faut saluer cet impressionnant travail qui, à travers 277 pages ainsi que 270 pages d’annexe, présente un inventaire exhaustif de l’environnement de la cybercriminalité jamais dépeint jusqu’à présent.


Parmi les nombreux détails retranscrits dans ce rapport, la présentation de l’ensemble des acteurs ayant un lien avec la cybercriminalité est réellement fouillée car on y découvre des groupes européens non connus du grand public tels l’European Cybercrime Training and Education Group (ECTEG) [2].


Outre cette méticulosité, il est également satisfaisant de lire, par une rédaction franche et lucide, la mise en avant des lacunes françaises, parfois dramatiques, en matière de cybercriminalité. A titre d’exemple, il est inscrit que « comparé à ce dont disposent les Etats étrangers voisins, la situation française, en terme de ressources humaines, est proche de l’artisanal » [3], ou encore «  l’objet des recommandations qui suivent poursuit un seul objectif – renforcer l’effectivité d’une répression encore très lacunaire- tout en assurant une mise en cohérence parfois perdue de vue et en veillant au respect des libertés fondamentales comme à une meilleure protection des victimes » [4].


Enfin, il est toujours intéressant de pouvoir étudier des propositions sur un sujet au plein cœur de l’actualité et sur lequel  il semble difficile d’agir efficacement. En effet, ce rapport met en exergue 55 propositions dont la création de nouvelles structures dédiées à la cybercriminalité.

 La proposition la plus emblématique en la matière est la création d’un centre spécifique d’alerte et de réaction aux attaques informatiques ou en anglais Computer emergency response team (CERT) [5]  couvrant les besoins du  grand public et des PME non couverts par les CERT existants dont le CERT-FR[6] animé par l’ANSSI.

En effet, même si le CERT-FR a pour mandat d’assurer le soutien en matière de gestion d’incidents aux ministères, aux institutions, aux juridictions, aux autorités indépendantes, aux collectivités territoriales et aux Opérateurs d’Importance Vitale (OIV), il semble plus opportun de renforcer les effectifs du CERT-FR afin de pouvoir traiter également les besoins des citoyens et des PME. La création d’un nouvel CERT risque d’entraîner une mauvaise coordination entre les deux structures d’autant plus que le chevauchement des périmètres d’action est également à prévoir.  

Sur le même plan, la proposition relative à la création d’une Délégation interministérielle à la lutte contre la cybercriminalité [7] n’est pas forcément plus heureuse. En effet, comme le souligne justement le rapport on assiste à « une multiplication des « sachants » comme des initiatives diverses, publiques ou privées, relativement peu coordonnées et parfois concurrentes » qui nuit à l’efficacité de l’action relative à la cybercriminalité. Certes, il existe « une forte attente, en terme de mise en cohérence et de clarification stratégique » mais il n’est pas certain que la création d’un nouvel acteur ex nihilo , devant prouver sa légitimité face aux acteurs historiques, soit la meilleure solution.

Une nouvelle fois, il est plutôt proposé de renforcer une structure existante qui traite activement du sujet telle l’OCLCTIC et de que renforcer les cellules de base qui traite ce sujet. Il semble plus efficace de renforcer les bases existantes plutôt que de créer une nouvelle instance stratosphérique qui peut avoir du mal à s’imposer.

De façon générale, le renforcement des cellules existantes, comme recommandée pour la plate-forme des interceptions judiciaires [8] , reste plus adapté que la création ex nihilo de nouvelles structures en cybercriminalité [9].


En outre, le cœur des propositions (42 sur 55) concernent la réforme des réponses répressives en matière de cybercriminalité.


La première étape serait de renforcer les incriminations liées à la cybercriminalité notamment en généralisant la circonstance aggravante des délits commis via un réseau de communication électronique tels l’usurpation d’identité [10] ou encore en imposant en peine complémentaire la suspension du droit d'accès à Internet. Cette dernière proposition ne semble pas très pertinente en raison de l'existence d'accès à Internet sans abonnement (borne Wifi et cybercafé).


La deuxième étape serait d'encadrer la coopération avec tous les prestataires d'Internet tels les hébergeurs, les fournisseurs d'accès et les fournisseurs de moteur de recherche.
L'objectif principal est d'imposer de nouvelles contraintes aux prestataires français mais également étrangers telles une obligation de surveillance préventive des contenus illicites « lorsqu’ils en sont requis par la loi, à la prévention ou à la sanction de contenus illicites » [11] ou encore de coopération des grands opérateurs étrangers avec les services de police pour l’obtention de données de connexion [12].
De plus, le rapport conseille de réhabiliter la coupure d’accès Internet pour certaines infractions, les « délits graves ou des crimes ». Cette sanction avait fait polémique lors  de la mise en place du dispositif HADOPI et donc supprimé.


La troisième étape est de renforcer les moyens d'investigation en améliorant dans un premier temps la lisibilité et la cohérence de la procédure pénale et encadrer plus rigoureusement les moyens de preuve du numérique, en soumettant à l’autorisation préalable du juge des libertés ou d’instruction la réquisition d’un opérateur de communications électroniques [13] ou en imposant le respect de la confidentialité des tiers requis [14]. En effet, il est devenu primordial de ne plus pouvoir contester une preuve numérique lors d’un procès à cause d’un défaut de procédure.

En conclusion, il faut à nouveau saluer le travail rigoureux apporté par ce rapport et il sera intéressant d'examiner attentivement le projet de loi numérique prévu en 2015 pour voir quelles propositions du présent rapport seront retenues.


[1]Voir le lien suivant pour le communiqué de presse officiel relatif à la remise du rapport ROBERT : http://www.presse.justice.gouv.fr/archives-communiques-10095/archives-des-communiques-de-2014-12598/remise-du-rapport-proteger-les-internautes-27256.html
[2]Page 114 du rapport encadré relatif à l’ECTEG
[3]Page 148 du rapport « II.6.- Une conséquence : Des moyens pour lutter contre la cybercriminalité ».
[4]Page 151 du rapport, deuxième paragraphe de l’introduction de la troisième partie intulée « La cybercriminalité : des réponses répressives plus effectives et davantage protectrices ».
[5] Recommandation n°6 page 136 du rapport
[6] http://www.cert.ssi.gouv.fr
[7] Recommandation n°7 page 141 du rapport
[8] Recommandation n°24 page 183 du rapport
[9] La recommandation n° 50 page 247 du rapport préconise également la création d’une plate-forme spécifique relative aux cyber-escroqueries.
[10] Recommandation n°14 page 154 du rapport
[11] Recommandation n° 25 page 185 du rapport
[12]  Recommandation n° 23 page 182 du rapport
[13] Recommandation n°37 page 223 du rapport
[14] Recommandation n° 38 page 224 du rapport

mardi 1 juillet 2014

« sécurité numérique et vie privée sont-elles incompatibles ? »



Jeudi soir dernier s’est tenu au Cercle européen de la sécurité des systèmes d’information le dernier débat de la saison avant les célèbres et luxueuses Assises de Monaco en octobre.

Initialement, au programme était prévue une invitée de marque, la présidente de la Commission Nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), Mme Isabelle Falque Pierrotin. Suite à un imprévu de dernière minute, elle fut remplacée au pied levé par le secrétaire général de la CNIL, M. Edouard Geffray. Sans aucune note sous les yeux, M. Geffray fut interrogé sur divers et nombreux sujets actuels pendant plus d’une heure par M. Nicolas Arpagian, modérateur de ce débat.

D’une présentation détaillée de l’action de la CNIL, à des questions sur la loi de programmation militaire de décembre 2013 [1] en passant par les caractéristiques du monde post Snowden, M. Geffray a, avec une grande aisance, dépeint la vision de la CNIL sur le thème suivant : « sécurité numérique et vie privée sont-elles incompatibles ? ».

lundi 2 juin 2014

Le “kill switch” est-il l’arbre qui cache la forêt (des données) ?


Rendre un smartphone aussi utile qu’une brosse à dents pour téléphoner en quelques secondes est techniquement possible depuis plusieurs années. En effet, grâce à la multiplication des applications et fonctionnalités, le smartphone, apporte de nombreux services qui nous facilitent la vie quotidienne. La fonction appelée “kill switch”, et qui peut être littéralement traduire par “interrupteur mortel”, permet à un utilisateur de bloquer son téléphone à distance en cas de perte ou de vol. Si la fonction possède un véritable intérêt, rien n’oblige jusqu’à présent les principaux constructeurs de téléphones à en doter leurs bijoux technologiques. Pourtant, cette position devrait rapidement évoluer.

mardi 1 avril 2014

Big data : retour sur les enjeux juridiques


« Le big data, c’est comme le sexe chez les adolescents : tout le monde en parle, personne ne sait vraiment comment le faire, tout le monde pense que tout le monde le fait, donc tout le monde prétend le faire » [1]. 


Cette citation, devenue célèbre, de Dan Ariely met bien en exergue le flou qui accompagne la notion de big data.

Comme rapidement esquissé précédemment sur ce blog [2], le phénomène big data soulève également des interrogations juridiques.

Après avoir donné de nouveaux éléments de définition, cet article propose d’aller plus loin dans l’exploration des questions juridiques relatives au big data.

samedi 1 mars 2014

La géolocalisation, un vide juridique enfin comblé?


L'évolution de la criminalité vers le domaine numérique a rendu nécessaire, en conséquence, l'évolution des techniques d'investigation. Parmi celles-ci, la recherche d'indices notamment numériques.

Selon la CNIL[1], la géolocalisation est une technologie permettant de déterminer la localisation d’un objet ou d’une personne avec une certaine précision. La technologie s’appuie généralement sur le système GPS ou sur les interfaces de communication d’un téléphone mobile.
Les applications et finalités de la géolocalisation sont multiples : de l’assistance à la navigation, à la mise en relation des personnes, mais aussi à la gestion en temps réel des moyens en personnel et en véhicules des entreprises, etc. De nouvelles possibilités sont régulièrement développées, telles que l’enregistrement des données pour apporter la preuve de la réalisation de certaines prestations.

samedi 1 février 2014

Le FIC : de la cybercriminalité à la cybersécurité ou le droit du cyber est-il un échec ?




Les 21 et 22 janvier s'est tenue la 6 ème édition du Forum International de la Cybersécurité  (FIC) à Lille.
Grand événement qui invite l'ensemble des acteurs de la cybersécurité à se réussir et à échanger autour de thèmes « cyber » en général.